La fièvre du dollar

La fièvre du dollar

Nous venons d’essuyer un crash d’hélicoptère lors de notre insertion dans la zone contaminée de Manhattan. Il ne nous reste que peu de temps et surtout peu de chance de survie dans ce monde hostile, contaminé par la variole qui décime les gens par camions.

Nous devons donc faire vite, nous n’avons pas plus de deux heures de temps, avant que nous soyons complètement irrécupérables médicalement parlant. Notre première mission est de trouver de quoi fabriquer un filtre de fortune pour que nous puissions pénétrer dans ce que l’on appelle la Dark Zone.

C’est un lieu hostile où règnent la mort, une puanteur incroyable et une multitude de corps dans des sacs mortuaires. Du moins, c’est comme ça qu’elle nous est présentée. Des factions de nettoyeurs et de soldats très hostiles patrouillent dans cette région et tuent de sang-froid.

Arrivé devant un établi, je regarde ce que je peux faire, dehors il fait -30, et avec mes affaires je risque de devenir rapidement un cône glacé. On fait le tour de notre planque, on trouve du tissu et des pilules. C’est parfait, on commence par se faire des vêtements chauds et on prend les pilules qui ralentiront notre infection.

Nous tentons une sortie, le blizzard fait rage, mais avec les groupes électrogènes et les braseros un peu partout nous arrivons à voir. On se sépare pour récupérer un maximum de ressources. Nous nous donnons rendez-vous dans une planque non loin de la frontière de la Dark Zone.

Je me lance sur la droite dans une grande rue, des ambulances, voitures de police et autres camions sont garés n’importe comment, pour la plupart accidentés et absolument inutilisables. Par chance je trouve des sacs remplis d’affaires pour me réchauffer.

Je trouve aussi des seringues d’antibiotique qui bloqueront l’infection pendant un moment, j’en prends le plus possible et en informe Rin. Je me rapproche d’un brasero pour me réchauffer.

Des gens sont présents devant cette source de chaleur, je m’approche en levant les mains en signe de paix. Je vois l’un des deux me regarder en coin, et lorsqu’il fait signe à son ami, je me jette à couvert d’une voiture. Mangeant au passage un bon kilo de neige avec mon roulé-boulé.

Un combat éclate malgré moi, et armé d’un pauvre 9mm, je ne vais pas faire long feu c’est le cas de le dire. Je tente tant bien que mal de les allumer pour leur faire baisser la tête, mais ils ont une puissance bien supérieure à la mienne. Je hurle ce que je peux dans ma radio pour en informer Rin, mais cela va être difficile de lui expliquer où je suis.

Après 10 min de feu nourri plus rien. Je tends l’oreille et entends que les gars sont en train de s’organiser pour me déloger. Un bruit étouffé par la neige, non loin de moi, attire mon attention… Mes yeux s’écarquillent, une lumière rouge avec un bip de plus en plus rapide se fait entendre… je me lève et pars en courant vers une autre cache.

Le combat reprend et je suis bientôt à sec, mort de froid et pour couronner le tout je suis en train de mourir de faim… C’est bien con d’être arrivé jusque-là pour crever. J’entends deux coups de feu assourdissants, seulement deux… Je lève la tête pour apercevoir mes deux assaillants dans la neige qui ne bougent plus.

Une tache rouge commence à se former au niveau de leur tête. Dans la radio Rin m’annonce « Tango traité ». Elle avait entendu mes hurlements et avais compris je ne sais comment où j’étais….

Elle est postée un peu plus haut dans un bâtiment sur ma gauche. Visiblement, elle a trouvé un fusil de précision. Elle vient de me sauver la vie. Je lui donne rendez-vous dans une plaque proche d’ici pour faire le tri de nos trouvailles et surtout pour voir si nous pouvons progresser vers la Dark Zone pour l’extraction.

Dans l’abri nous ne trouvons rien sauf le cadavre d’un autre agent… Certainement une ancienne mission qui à foirée, comme souvent en ce moment. On regroupe nos objets, nous constatons que nous pouvons faire deux filtres pour nos masques. J’en profite pour lui donner deux seringues pour qu’elle puisse bloquer l’infection, en échange elle me donne à manger. La prochaine étape est la Dark Zone.

Nous sommes bien refaits, et nous avons notre infection stoppée au moins pendant un moment. Il faut se dépêcher avant que la tempête ne touche la ville, sinon nous n’arriverons pas à sortir de là et nous allons mourir de froid et d’infection. Je propose à Rin de me guider, étant déjà venue à Manhattan avant l’infection elle connaît le chemin. Elle passe donc devant.

Sur la route nous faisons des pauses régulières près des braseros. Elle court vite, j’ai un peu du mal à la suivre avec tout ce vent et cette neige. Je vois un flash lumineux, une gerbe de neige au pied de Rin, puis deux, puis trois.

C’est un déluge de balles qui finit par s’abattre sur Rin qui se met à couvert tant bien que mal derrière le camion-poubelle. En arrière, j’assiste à toute la scène, je lui annonce à la radio que je vais faire le tour, pour entrer dans le bâtiment et le prendre à revers. Le type qui est à la fenêtre à l’air très énervé.

Il hurle tout un tas de mots qui sont étouffés par la tempête. Rin le fixe avec son fusil de précision. Je profite de la diversion pour m’élancer dans les escaliers en construction. J’ai repéré que la cible était au troisième. Avec beaucoup de prudence, j’arrive à l’étage du tireur.

Après mes passages furtifs d’abri en abri. J’aperçois le tireur qui est toujours à la fenêtre et lâche plusieurs rafales pour tuer l’agent Rin. J’épaule mon fusil d’assaut et lâche une rafale au niveau de la tête de l’assaillant. Une balle touche le casque de l’homme et le fait tomber.

Mes autres rafales sont au niveau du torse qui même s’il est renforcé, le forcent à reculer dangereusement vers le rebord de la fenêtre. Son crâne vole en éclats lorsque Rin lui décoche une balle dans la nuque. C’est un beau travail d’équipe, j’en profite pour ramasser des affaires sur la victime et m’empresse de redescendre pour repartir en quête de Dark Zone.

Après une course en direction de la frontière de la Dark Zone, nous montons sur un camion pour passer par-dessus le mur d’enceinte. C’est un voyage sans retour possible à première vue. C’est assez déstabilisant, les rues sont jonchées de cadavres dans des sacs mortuaires, qui sont déposés à même le sol. Les rues sont remplies de sang, une ignoble puanteur se dégage de chaque quartier, c’est insoutenable. Il y a de gros rats qui parcourent les cadavres en quête de nourriture.

Mais même ces animaux ne veulent pas des morts. Une gerbe de flammes apparait au croisement en face de nous. Notre premier réflexe est de nous cacher aussi vite que possible. Je saute sur la droite et atterris dans un tas de cadavres pustuleux. J’ai trouvé la planque la plus pourrie qui puisse exister dans ce bas monde. Ce n’est pas la maladie qui va me tuer à ce rythme, c’est l’odeur. Rin quant à elle a plus de chance, derrière un véhicule.

Certes maculé de sang, mais rien comparé à ma purée organique. Un nettoyeur apparait, c’est un type qui a plus de bonbonnes de gaz dans le dos qu’une station-service. Il est immense, visiblement il a pris comme rôle à lui seul d’éradiquer le virus par le feu. Il brule tout ce qu’il trouve devant lui. Je me sors de cette soupe humaine pour me présenter à lui. Grosse erreur, j’ai cru que c’était un ami et pas du tout. Il me regarde et commence à me courir après.

La tonne de gaz sur lui ne le ralentit pas un poil. J’ouvre le feu, mais rien à faire, à croire qu’il ne sent rien. Il passe devant Rin sans même la voir, en même temps avec ce masque à gaz, j’imagine qu’il doit être difficile de bien voir… Rin arme son fusil, vise les bonbonnes et décroche trois tirs qui font mouche.

Trois magnifiques gerbes de flammes apparaissent dans son dos. L’homme s’arrête et commence à gesticuler dans tous les sens. Je pars en courant complètement à l’opposé de cette bombe sur pieds et me trouve une cache derrière un camion-poubelle. Une déflagration se fait entendre me rendant complètement sourd.

L’onde de choc passe devant moi une seconde plus tard faisant voler la neige. Je passe la tête sur le côté pour estimer l’ampleur des dégâts. Un énorme cratère noir fumant a remplacé Gazman. De l’autre côté, je vois Rin qui me fait un signe de la main pour repartir à la recherche de l’hôpital de campagne.

Après quelques virages et passages à travers les habitations délabrées, nous arrivons à destination. Une fouille rapide des lieux nous permet de trouver le nécessaire pour notre mission. Il faut maintenant passer à l’extraction. À ce même moment, on entend le départ d’une fusée de détresse sur le toit du bâtiment d’en face. Un autre agent est en train de demander une évacuation, c’est notre ticket de sortie. Il est temps de partir, retrouver le chaud et les bons steaks du mess.

Un échange violent de coups de feu se fait entendre sur le toit. Visiblement l’agent qui a demandé l’évacuation n’est pas seul. Nous partons lui porter secours et profiter de l’hélico. Une fois sur place ce n’est pas un, mais trois agents qui sont en train de se battre contre d’autres agents. Ils n’ont pas de masque, ce sont des renégats à première vue. Des Agents de première vague qui sont partis et ne sont jamais revenus.

Ils sont condamnés à mort, mais visiblement ne veulent pas que nous arrangions les choses. Ils chassent les autres agents peut être pour taire la situation, ou tout simplement ont-ils perdu la tête. Nous ouvrons le feu sur les déchus, l’un se retourne vers moi et j’essuie une sale rafale qui me couche rapidement. Je suis lourdement blessé, j’ai du mal à respirer et je perds beaucoup de sang.

Rin vient à mon secours, mais prend un méchant coup qui la met à genoux. Elle rampe pour se mettre à couvert. Nous n’avons plus de soin et nous risquons de mourir. Je tente d’aider, mais je n’ai même plus la force de lever mon arme. C’est ridicule d’être arrivé jusque-là pour finir comme ça. Un agent arrive avec un bouclier balistique, se mets en protection devant Rin pendant qu’un medic lui porte assistance.

Une fois Rin sur pieds, ils se déplacent vers moi. Le combat fait rage. Les balles fusent dans tous les sens. Je manque de prendre une balle perdue, le type avec son bouclier arrive à mon niveau et me protège pendant qu’un gars me traine derrière une caisse. Moi aussi j’ai droit à un shoot d’adrénaline et de quoi cautériser ma blessure.

Le medic me lâche « Tu vas vivre ! ». Je vois des balles éclater sur le bouclier de mon sauveur. Merci à lui pour le coup de main. Un assaillant, celui qui avait ouvert le feu sur nous, tombe enfin au sol pour ne plus se relever. On se protège derrière des abris de fortune. Je regarde les yeux apeurés de Rin. J’ai le cœur qui bat extrêmement vite. L’adrénaline, la peur et l’angoisse m’envahissent.

Le bruit du rotor se fait entendre, notre ticket de sortie n’est maintenant plus très loin. J’en profite pour discuter et remercier les autres agents. On évacue un peu la pression, comme si la situation le permettait. Un coup de feu retentit, nous forçant à baisser la tête. Un autre ennemi vient de faire son apparition, il est très en colère visiblement. Il lâche plusieurs rafales dans notre direction.

Rin le contourne pour être à portée de tir. Mais l’homme est dans un coin inaccessible pour elle. Je la regarde et elle me fait des signes sur ce qu’elle voit et ce dont elle a besoin pour qu’il montre sa tête. J’attrape le bouclier balistique déjà bien abimé et je me mets à découvert. Une technique qui paye, car l’assaillant me prend pour cible et ne fait plus attention à son environnement.

Il commence à montrer sa tête hors de son abri lorsqu’un coup de feu retentit et je vois son crâne voler en éclats. Rin n’a pas raté son coup, un énorme trou vient de remplacer la tempe du renégat. D’autres ennemis arrivent pour en découdre encore et encore, le combat reprend avec une rage absolue. Des balles fusent de partout, je me remets à l’abri près d’un véhicule.

Rin également retrouve un coin tranquille. L’hélico arrive et j’entends depuis son haut-parleur, « ÉVACUATION DANS 1 MINUTE ! DÉGAGEZ-MOI LE TERRAIN ! » Après trente secondes, tous les assaillants sont au sol. L’hélico se pose et nous nous dirigeons vers lui. Les deux premiers agents montent à bords lorsque le feu reprend. D’autres renégats alertés par la fusée et l’hélico sont montés sur le toit.

Un troisième agent monte à bords. J’entends le pilote dire « Magnez-vous il ne reste qu’une place et je ne resterai pas longtemps, décidez-vous ! » Je m’empresse de courir vers l’hélico. La peur m’envahit, je me vois déjà seul dans la neige avec tous les ennemis de la zone après moi. Je passe à côté de l’agent Rin, mon instinct de survie prend le pas sur la compassion et l’amitié que j’ai pour elle.

Je lui mets un coup de coude dans les cotes pour la ralentir. Elle s’effondre dans la neige et se relève en se tenant le flanc. J’arrive devant l’hélico et je me jette dedans tant bien que mal, une fois à l’intérieur je hurle « GO ! GO ! GO ! ». Les balles commencent à toucher la carlingue. En urgence l’hélico décolle laissant Rin au sol. Elle me fixe avec ses yeux pleins de fureur et lève son fusil vers moi.

Alors qu’elle allait tirer, un ennemi la prend à partie et la force à baisser son arme. Voilà les dernières images que j’aurai de l’agent Rin, qui était mon amie, dans la panique j’ai cédé et je m’en veux depuis ce jour. Je ne sais pas si elle s’en est sorti.

Je suis désolé Rin…